Transports : la Suisse, pionnière du fret ferroviaire. Un exemple pour la France ?

Par thierno - 14 septembre, 2020 - 15:23

TRANSPORT DE MARCHANDISES - Alors que la France veut en faire une alternative efficace au transport routier, son voisin suisse ne l'a pas attendue pour être un pionnier en la matière. Avec des résultats à la hauteur des investissements.

A l'approche de la Suisse, il n'est pas rare de voir des camions quitter les autoroutes pour monter dans des trains. Ils viennent d'Allemagne, du Benelux, de France, d'Angleterre... et ils vont généralement en Italie. Depuis Fribourg, en Allemagne, ils empruntent la ligne ferroviaire qui traverse la Suisse du Nord au Sud.

Le voyage coûte environ 600 euros, que l'Etat fédéral allemand subventionne à hauteur d'un tiers. Un effort qui permet, chaque année, de réduire de 30.000 tonnes la quantité de CO2 produits en Suisse.

La route crée des coûts à la société, nous lui demandons de participer


Outre cet argument environnemental, les entreprises routières ne sont pas insensibles à un autre avantage : permettre à leurs chauffeurs de prendre leur pause obligatoire, tout en parcourant des kilomètres. "Les camionneurs peuvent manger, boire quelque chose, ou se poser dans leur compartiment couchette".

La traversée du pays dure environ neuf heures, si bien que Tony a le temps de s'installer. "J'ai neuf heures pour téléphoner, me reposer, dormir, des choses comme ça", se réjouit ce chauffeur routier, qui repartira au petit matin, autour de 5h30.

La traversée ferroviaire n'est pas obligatoire pour les transporteurs routiers. Mais en Suisse, l'autoroute n'est pas particulièrement attractive. Les entreprises de fret routier déboursent en effet 300 euros pour la traversée du pays.

Chef de la division financement de l'Office fédéral des transports, Pierre-André Meyrat justifie cette politique : "La route crée des coûts à la société : pollution, climat, environnement, accidents... ce que nous faisons, c'est que nous lui demandons de participer à ces coûts-là, à travers un péage relativement élevé par rapport à l'international".

70% de ferroviaire dans la circulation des marchandises en Suisse

Afin d'encourager les transporteurs à choisir le train, l'Etat fédéral suisse investit des milliards d'euros pour optimiser son réseau, notamment en creusant des tunnels. Dernier d'entre eux, le tunnel du Ceneri, qui doit ouvrir ses portes en décembre 2020.

Situé à 2000 mètres sous les Alpes, il devrait rendre le train encore plus attractif aux yeux des transporteurs, puisque 300 locomotives devraient le traverser chaque jour. Chef de projet de cette ligne, Daniel Salzmann défend une initiative qui permettra d'accueillir "des trains plus longs, plus lourds. On pourra transporter plus de marchandises et ce sera plus économique".

A Milan, la gare de triage, point d'arrivée d'une de ces lignes ferroviaires, reçoit des containers venant des Pays-Bas ou du Nord de l'Allemagne. 24 heures sur 24, sept jours sur sept, les containers sont déchargés par des grues, afin que les transporteurs reprennent leur route.

En moyenne, l'opération dure 40 minutes, nous confie le chef du service client de la gare. Un système rodé, au point que 70% des marchandises qui passent par la Suisse sont affrétées par voie ferroviaire.

La France suivra-t-elle ce chemin ? Au mois de juillet, le Premier ministre Jean Castexle Premier ministre Jean Castex a annoncé la mise en place d'autoroutes ferroviaires, laissées à l'état de projet depuis de nombreuses années. Le plan de relance, lui, prévoit 5 milliards d'euros pour dynamiser ce secteur essentiel dans la lutte contre l'émission de gaz à effet de serre.

Matthieu Poissonnet et Antoine Rondel

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