Sénégal : l’ARTP a du mal à organiser et réguler le secteur de la messagerie

Au Sénégal, le secteur de la logistique joue un rôle très important dans le développement économique du pays, environ 5% du PIB. Ce qui témoigne d’un boom de cette activité par la création de plusieurs entreprises de logistique spécialisées dans la livraison au dernier kilomètre. Ainsi, la crise du covid-19 lui a donné un coup d’accélérateur grâce au pic noté dans les ventes en ligne durant le confinement. Ce qui a pour effet, de réanimer le débat sur les licences d’exploitation de courrier et de pousser l’autorité de régulation des postes à faire des communiqués de presse. Africa Logistics Magazine vous propose de comprendre cette affaire à travers cet article.

L’état des lieux

Les entreprises de livraison au dernier kilomètre dans le segment messagerie, on en compte des centaines mais il n’y a que 17 qui ont obtenu une licence d’exploitation selon l’ARTP. Autrement dit, il y a beaucoup d’opérateurs dans le pays qui délivrent des prestations de livraison sans pour autant avoir un agrément. Les plus connus parmi eux sont Tiak-Tiak, Yobanté-Express et Spedelivery.

Pourtant, ces entreprises se sont positionnées aujourd’hui comme des leaders de ce marché. Elles ont déjà acquis au moins 5 ans d’expériences dans le domaine, disposent d’un NINEA et d’un Registre de commerce. Elles payent correctement les impôts et emploient des sénégalais.

Dès lors, on se demande pourquoi ces entreprises n’ont pas encore obtenu leur agrément ? avaient-elles lancé leurs activités sans en bénéficier ? Ont-elles cherché l’agrément par la suite ? Pourquoi la situation n’a pas évolué jusqu’à présent ? C’est ce que nous tenterons de vous expliquer dans les phrases suivantes.

Les problèmes du secteur

De prime abord, nous pouvons dire que toutes les sociétés qui ont lancé leurs activités de livraison sans pour autant obtenir un agrément, ont tort car l’entrepreneur doit maitriser toutes les formalités administratives à faire et obtenir tous les agréments avant de se lancer dans une activité réglementée.

Mais cela ne doit pas constituer un frein à l’entreprenariat. Il devrait exister une formule qui permettrait à l’entrepreneur d’avoir son agrément en parallèle avec le lancement de ses activités. Dans un pays sous-développé comme le Sénégal, on n’a pas le droit de mettre beaucoup de contraintes pour entreprendre car c’est ce qu’il faut au pays pour se développer.

Cependant, si on pousse plus loin la réflexion, on se rend compte que le décret 2006 qui régit l’activité postale au Sénégal dont fait partie le secteur de la livraison, pose d’énormes problèmes.

En effet, cette loi est déjà obsolète et ne traite pas assez les aspects logistiques par rapport à la demande d’agrément.  Et depuis 2006, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, l’ARTP étant conscient de cela. Donc, cette loi mérite d’être révisée le plus rapidement possible en exigeant à l’entrepreneur de respecter un cahier de charges souple en termes de capacités techniques et financières.

Ensuite, il faut reconnaitre que l’ARTP n’a pas bien géré certains dossiers de demande d’agrément comme le cas de Tiak-Tiak qui avait échoué à l’époque. C’est ce que nous a confié son Directeur Général, Cheikh Ahmed Tidiane SAMB, qui a soutenu que « l’ARTP lui avait demandé de fournir son Business Plan pour 3 ans dans la procédure de demande d’agrément. »

Ce qu’il n’avait pas accepté parce qu’il estime que c’est un document confidentiel, interne et stratégique qui ne doit pas se retrouver dans les mains de l’extérieur. Ce qui nous semble être légitime. Ce dossier n’a pas bougé depuis lors ni de son côté, ni du côté de l’ARTP. Dans le même temps, beaucoup de sociétés de livraison ont vu le jour et exercent leurs activités sans agrément.

Une situation qui suscite de nombreuses réflexions notamment la volonté de l’ARTP à descendre sur le terrain à la rencontre des entreprises de livraison afin de discuter de l’organisation de ce secteur ? 

Solutions envisageables

Dans un article publié par le journal, Agence Ecofin, sur son internet, le 29 avril de cette année, l’ARTP annonçai déjà le lancement prochain d’opérations de contrôle en collaboration avec la police et la gendarmerie pour mette un terme à la violation du code des postes (loi 2006).

Cette dernière prévoit, dans son article 43, des sanctions pénales et pécuniaires allant à une amende de dix (10) à trente (30) millions de CFA et d’un emprisonnement de deux (2) mois à trois (3) ans, ou l’une de ces deux peines seulement. Si cette annonce s’appliquait, cela donnerait à coup sur un coup de frein à l’entreprenariat dans ce secteur et détruirait des centaines d’emplois.

L’option la plus intelligente et pertinente serait d’utiliser la voie du dialogue entre l’ARTP et les sociétés de livraison. Des discussions autour d’une table pourraient permettre de régulariser les entreprises qui jusque-là n’ont pas encore leur agrément, leur permettant de travailler ensemble sur un nouveau projet de loi portant organisation et régulation du secteur postal par rapport au segment de la messagerie.

Ces discussions permettront à l’ARTP de connaitre les besoins réels et les difficultés des sociétés de livraison tout en donnant l’opportunité à ces dernières d’avoir en retour des attentes par rapport à leur autorité de régulation.

Thierno Abdoulaye DIALLO
Directeur de la Publication de Africa Logistics Magazine
Consultant en Supply Chain Management

 

Thierno Abdoulaye DIALLO