L’impact du Covid-19 sur le monde maritime

Au cours de l’histoire, comme tous les moyens de transport, les navires ont contribué à l’expansion des pandémies. La ville de Marseille avait ainsi subi une épidémie de peste, importée de Syrie par le navire Grand Saint-Antoine, le 27 mai 1720, qui provoqua la mort de 40 000 personnes dans la seule cité et de plus de 100 000 en Provence.

Les passagers des navires de croisière, maintenus à bord par les autorités portuaires, ont fait partie des premières victimes du Covid-19. A la suite des 700 cas comptabilisés à bord du Diamond Princess au large du Japon, plusieurs navires ont été soumis à des périodes de confinement, voire à l’interdiction de faire escale, comme le Costa Fortuna en Thaïlande, bien qu’aucun cas de coronavirus n’ait été détecté à bord.

Le monde de la croisière n’est pas le seul secteur à être impacté par les effets de la pandémie : le transport maritime, la pêche et les marines de guerre le sont aussi à des degrés divers. Cette note propose une rapide synthèse de la situation dans ces différents domaines d’activités.

Le transport maritime

Vecteur indispensable de la mondialisation par lequel transitent plus de 80 % des flux de matières premières et de marchandises, le transport maritime subit les effets de la pandémie en raison du ralentissement de l’économie, mais aussi des mesures de confinement décidées par la plupart des pays.

Début mars, la situation pouvait paraître critique. Le cabinet Kearney signalait que 50 % des départs de navires avaient été annulés dans les ports chinois. Le taux de remplissage de ceux qui appareillaient variait de 10 à 30 %, provoquant la rupture des chaînes d’approvisionnement dans de nombreuses entreprises.

La diminution drastique du transport aérien et les mesures de confinement ont eu un impact important sur les approvisionnements en carburant. Les cours du pétrole se sont effondrés sous le double effet de la chute de la demande et des désaccords entre les pays producteurs pour limiter leur production. Au résultat, un grand nombre de pétroliers sont à l’arrêt et servent de stockage pour une production devenue surabondante.

Les mesures prises dans certains pays obligeaient les navires à respecter une quarantaine de 14 jours avant d’être autorisés à accoster quand d’autres ports étaient tout simplement fermés. Les relèves des équipages étaient également interdites, plaçant les personnels dans des situations très difficiles. Quant au transport de passagers, il a été pratiquement arrêté dans de nombreux endroits. DFDS a stoppé ses liaisons passagers entre Oslo et Copenhague et ne transporte plus que du fret. Il en est de même pour Brittany Ferries entre la France et l’Angleterre, l’Irlande et l’Espagne.

Cette baisse d’activité se traduit par un arrêt des commandes de navires par les armateurs et une réduction d’activités dans les chantiers navals. Très affectés en début d’année, les chantiers chinois et sud-coréens commencent à recevoir de nouvelles commandes de vraquiers et de méthaniers. Aux Etats-Unis, les chantiers subissent actuellement de plein fouet l’explosion de la pandémie et vont faire l’objet de commandes anticipées de la part du gouvernement.

Le 19 mars, Kitack Lim, le Secrétaire général de l’Organisation maritime internationale (OMI), a alerté les gouvernements sur les risques liés à la chute du transport maritime : « En ces temps difficiles, la capacité du secteur à livrer des biens vitaux, notamment des fournitures médicales et des denrées alimentaires, sera essentielle pour répondre à cette pandémie et, à terme, la surmonter… J’appelle à une approche pratique et pragmatique, en cette période inhabituelle, sur des questions telles que la relève des équipages, le ravitaillement, les réparations, le contrôle et la certification des marins ».

Le 24 mars, la Chambre internationale de la marine marchande (ICS) et l’Association internationale Villes et Ports adressaient une lettre ouverte aux gouvernements des pays du G20 appelant à une protection accrue de la chaîne logistique pour lui permettre d’assurer sa mission essentielle pour les populations et les entreprises.

Le lendemain, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) appelait, elle aussi, au maintien et à la protection du trafic maritime et des chaînes logistiques, y compris vers l’hinterland, « dont le rôle est vital pour les populations en ces temps de crise globale ». Elle appelait aussi à accepter les relèves d’équipage, qui concernent quelque 100 000 marins dans le monde, chaque mois.

Le 26 mars, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, déclarait : « La libre circulation des biens et des services est notre meilleur atout, et même notre seul atout pour que les livraisons puissent se faire là où elles sont le plus nécessaires » 

Le gouvernement français a publié des mesures  et des recommandations générales pour mise en application à bord des navires qui sont mises à jour régulièrement. Les mesures décidées interdisent, jusqu’au 15 avril 2020, aux navires de croisière de faire escale ou de mouiller dans les eaux territoriales françaises, et les navires de commerce ne peuvent pas transporter plus de 100 passagers.

Les ports français restent ouverts, comme la grande majorité des ports européens. Ils ont adopté des mesures de protection permettant de maintenir le trafic à un niveau suffisant pour répondre à l’activité. Les navires doivent avoir effectué au moins 14 jours de mer depuis leur dernière escale et les marins embarqués ne sont pas autorisés à aller à terre. A Fos, l’activité fluviale a été relancée vers les ports intérieurs de Valence, Lyon et Macon fin mars, assurant 85 % de l’activité.

Les ports européens ont connu, eux aussi, une perte d’activité liée à la réduction du trafic avec la Chine. Le port d’Anvers estime à 20 % la réduction du trafic avec la Chine, mais seulement 1 % avec le reste du monde. Rotterdam, premier port européen, estime à 1 % la réduction de son trafic en 2020, au lieu d’une croissance programmée de 1,5 %. Pour Hambourg, dont 30 % du trafic de conteneurs se font avec la Chine, la perte d’activité pourrait cette année s’élever à 2 %.

Début avril, l’annonce par la Chine d’une maîtrise de la pandémie dans le pays, et particulièrement à Wuhan, son point de départ, a permis une reprise des activités industrielles, qui tournent maintenant à 70 % de leurs capacités, ce qui laisse présager une augmentation progressive du transport de conteneurs.

"Après un ralentissement de six semaines, l'activité à l'export est en voie de retour à la normale avec un rebond des volumes et un probable effet de rattrapage pour reconstituer les stocks », estime l'armateur français CMA-CGM".

La pêche

Le secteur de la pêche est, lui aussi, affecté par l’extension de la pandémie. Avec le confinement et la fermeture des frontières, des écoles et des restaurants, la demande en produits de la mer – poissons et coquillages – s’est brutalement effondrée, faisant chuter les cours.

En raison de cette perte de rentabilité, les principaux armements restent à quai ; seule continue de naviguer la pêche côtière pour alimenter les habitants des bords de mer. Le mareyage et les poissonneries sont aussi au ralenti. De plus, les pêcheurs artisans s’alarment de voir que des chalutiers de plus de 100 mètres de long, appartenant à des armements néerlandais et français, profitent de la situation pour effectuer une pêche intensive dans le Golfe de Gascogne.

Pour aider le secteur de la pêche, gravement affecté, la Commission européenne (DG MARE) a décidé, le 19 mars, l’adoption d’un cadre temporaire pour les aides d’Etat visant à permettre aux Etats membres de soulager la filière en difficulté. Cette mesure permet de distribuer une aide allant jusqu’à 120 000 euros par entreprise des secteurs de la pêche et de l’aquaculture. Une note d’information a été adressée aux Etats membres précisant les mesures disponibles immédiatement et applicables sans délai. La Commission reste en contact avec les organisations professionnelles et les Etats pour explorer d’autres options de soutien possibles.

Les Marines de guerre

La pandémie n’a pas épargné les Marines militaires. Les premiers cas sont apparus sur le porte-avions américain USS Théodore Roosevelt, en mission dans le Pacifique, provoquant le débarquement d’une partie de l’équipage sur l’île de Guam. Au 12 avril, 550 marins étaient affectés. Le commandement de la Marine américaine tire les leçons de cet événement, mais s’attend à de nouveaux cas sur ses navires.

Certains marins du porte-avions USS Nimitz ayant été testés positifs, l’équipage, qui doit appareiller pour une longue mission, a été maintenu à bord pendant 15 jours avant le départ du bâtiment. Deux autres porte-avions, l’USS Ronald Reagan, actuellement à quai au Japon, et l’USS Carl Vinson ont signalé également des cas de Covid-19 parmi leur équipage.

Plusieurs destroyers ont également été touchés. Seul porte-avions disponible sur la côte Est des Etats-Unis, l’USS Harry S. Truman, de retour de mission dans le Golfe, est maintenu à la mer pour éviter toute prolifération à son bord.

Pour soulager les hôpitaux de la ville de New York, particulièrement touchée par la pandémie, l’US Navy a déployé l’un de ses navires hôpitaux, l’USNS Comfort, d’une capacité de 1 000 lits.

Le porte-avions Charles de Gaulle a été infecté par le virus. En mission depuis le mois de janvier, il a signalé 50 cas suspects, puis confirmés, à son bord. Trois marins ont été évacués, par hélicoptère, vers Lisbonne, puis par avion vers l’hôpital Sainte-Anne de Toulon, à titre préventif. Le porte-avions, de retour en Méditerranée, a écourté sa mission et rallié son port base le 12 avril : 1 700 marins du porte-avions ont été confinés pour une quinzaine de jours sur différentes bases.

Les pilotes du groupe aérien qui ont rejoint leurs bases y sont également confinés. Des enquêtes épidémiologiques sont effectuées sur les équipages des navires d’accompagnement. Les tests effectués sur la FASM La Motte-Picquet se sont avérés négatifs et le personnel a été autorisé à rejoindre son domicile pour y respecter une période de confinement. Sur le BCR Somme, les tests sont en cours et le personnel reste confiné dans une enceinte militaire en attente des résultats.

Le BCR ayant quitté Brest, sa dernière escale, depuis le 15 mars, le délai d’incubation de la maladie était normalement dépassé depuis plusieurs jours. Une enquête en cours cherche à déterminer les origines de la contamination. Les locaux des bâtiments et les aéronefs embarqués vont être totalement désinfectés, à Toulon et dans leurs bases.

Dès l’annonce de la pandémie, la Marine a pris des mesures de protection pour ses équipages. Le porte-parole de la Marine indiquait, début avril : « Nous avons 200 cas dans la Marine. Mais nous n’avons pas de « cluster » et pas de cas sur des bateaux actuellement en opérations ».

Plusieurs dizaines de cas ont été recensés chez les marins-pompiers de Marseille et quelques navires à quai ont été touchés ; la frégate La Fayette fait état d’une vingtaine de malades, qui commencent à reprendre leur activité après avoir été isolés. Des mesures strictes de confinement sont prises pour les équipages de sous-marin avant leur appareillage.

Une frégate belge, Leopold 1, qui avait assuré l’escorte du Charles de Gaulle pendant trois semaines, et un sous-marin néerlandais, le Dolfijn, ont également signalé des cas de personnels infectés à leur bord.

Les missions continuent

Comme les autres armées, les Marines poursuivent leurs missions. En France, la dissuasion continue d’être assurée. Des mesures de prévention seront prises avant le départ du SNLE assurant la relève pour éviter toute contamination pendant la patrouille. Les trois porte-hélicoptères amphibies (PHA) sont engagés dans la lutte contre la pandémie.

Le PHA Mistral et la frégate Guépratte qui avaient appareillé le 27 février, en mission Jeanne d’Arc, ont été mis à la disposition des préfets de La Réunion et de Mayotte pour apporter leur soutien aux services publics dans le sud de l’océan Indien. Ne disposant pas de la configuration adaptée pour embarquer des personnes infectées, les deux navires vont assurer du transport logistique (matériel de santé, vivres) entre La Réunion et Mayotte , sous-équipée, où la situation est qualifiée de préoccupante, avec 203 cas et 3 décès dénombrés au 12 avril.

Le bâtiment de soutien et d’assistance outre-mer Champlain, basé à La Réunion, a acheminé de l’oxygène liquide et des équipements médicaux sur l’île de Mayotte, le 6 avril.

Le PHA Tonnerre avait appareillé de Toulon le 21 mars pour Ajaccio, avec à son bord une trentaine de personnes des équipes médicales civilo-militaires du Service de santé des armées, du Bataillon de marins pompiers de Marseille et de l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille. Les installations santé, à bord, avaient été adaptées pour le transport de personnes confinées, avec une capacité de 15 lits. Après avoir embarqué 12 malades, le 22 mars, dont 6 en réanimation, il est arrivé le lendemain dans le port de Marseille, où les malades ont été débarqués et dirigés vers différents hôpitaux.

Le PHA Dixmude a appareillé le 3 avril vers la zone Antilles-Guyane, avec à son bord un renfort médical du Service de santé des armées, 120 tonnes de fret, dont 4,5 tonnes de matériel médical et 58 tonnes de produits alimentaires, et 4 hélicoptères. Il n’aura pas pour mission d’accueillir des malades infectés par le coronavirus, mais pourra, si besoin, délester les hôpitaux de la région des autres malades.
Fondation pour la recherche stratégique

 

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