LE NARCOLOGISTIQUE : Des outils numériques en faveur du narcotrafic au Sénégal ?

Le narcotrafic, une pratique permanente qui continue de gagner du terrain dans les pays de l’Afrique de l’ouest. Notamment dans le milieu des transactions portuaires et aéroportuaires au Sénégal. Vraisemblablement, ces secteurs font office de liaison aux produits frauduleux. Véhiculer ces types de produits de pays en pays, dans un secteur aussi réglementé que les ports et autres voies n’est pas chose aisée. Mais avec l’expansion du numérique dans le contexte actuel mondial, le narcotrafic a fini par prendre un tournant imprévisible : il est devenu beaucoup plus fluide et efficace.

Aujourd’hui, des moyens et techniques numériques pour expédier des produits de ce genre sont de plus en plus utilisés par les cartels. De la logistique, au même titre que les services de sécurité, pour assurer le transit et l’expansion de ces produits : on parle de narcologistique.

De nos jours, de nombreuses politiques de digitalisation sont en train d’être menées par des acteurs du numérique dans tous les secteurs économiques. Notamment au Sénégal, le gouvernement a fait du numérique, un secteur prioritaire. La logistique prend son élan dans ce domaine. Par contre, tout système a des failles. Il est donc compréhensible que dans ce processus, des tares s’incluent en défaveur de la bonne exécution des suivis et contrôle sécuritaire.

Le narcotrafic y compris. Au même titre que les services de sécurité portuaires et aéroportuaires, le transit de ces marchandises frauduleuses est devenu plus informatisé et donc, beaucoup plus fluide et automatisé. Par conséquent, le narcologistique exerce une menace dans l’un des secteurs économiques phares de ce pays : le transport et le transit.

S’il est beaucoup plus facile de faire entrer de la drogue en Afrique c’est tout simplement grâce aux flux numérisés du marché. Le contexte actuel de ce secteur a beaucoup favorisé la fluidité des trafics ainsi que les moyens et méthodes relatifs à l’organisation et à l’expédition des produits. Les marchandises sont expédiées, suivies et transportées en temps réel.

A l’échelle internationale comme en Afrique de l’ouest, le narcologistique a supplanté les expéditions à risques pour devenir le moyen le plus prisé par les cartels. Des interrogations ont été soulevées sur la question des outils et des moyens techniques utilisés par ces narcotrafiquants au niveau des seuils de liaison : les ports et les aéroports.

Les Ports et aéroports devenus des seuils de liaison de marchandises frauduleuses

« La production de cocaïne en Amérique latine atteint un niveau jamais vu de 1900 tonnes. Deux tiers de cette production traverse l’Afrique de l’Ouest, en direction de l’Union européenne. De même, 310 tonnes d’héroïne produites en Afghanistan arrivent en Afrique de l’Est à travers l’océan Indien », a affirmé Philip de Andrés de l’Office des Nations unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC). Récemment, au Sénégal, au Port Autonome de Dakar, 900 g de drogue ont été saisies par les limiers de la Sûreté urbaine.

Sans doute l’une des saisies record en Afrique. Cet exemple de cas corrobore les termes de ce dirigeant en illustrant l’expansion du narcotrafic dans le milieu du transit portuaire et aéroportuaire. A en juger la récurrence des faits, l’exportation de la drogue vers les pays de l’Afrique de l’Ouest tels que le Sénégal, est devenue plus méthodique ces dernières années.

Dans les ports, les marchandises frauduleuses sont acheminées dans des conteneurs et le suivi est assuré par la logistique sophistiquée. Ceci explique cela. L’efficacité de leurs moyens et techniques fait que la majorité de ces fraudes échappe à la vigilance des services de sécurité. Cela inclut une autre forme de délit nuisible à l’économie des ports et aéroports.

A travers les lignes du journal « Le Témoin », un policier français spécialiste des stupéfiants, a confié que les ports de Dakar, Abidjan, Tema, Bissau, Lomé, Lagos et Banjul font partie des destinations africaines privilégiées des trafiquants sud-américains. Lesquels utilisent ces ports comme des hubs de transbordement pour acheminer la drogue dure vers l’Europe et les Etats Unis d’Amérique (Usa). Pour les narcotrafiquants, du fait du degré très élevé de la corruption en Afrique, c’est plus facile d’expédier de la drogue à partir des ports africains vers l’Europe et les Usa.

La corruption, un aspect favorable à l’expansion du narcotrafic

Contrôler efficacement l’expédition et l’acheminement des marchandises dans un pays comme le Sénégal n’est pas chose aisée. Les limiers responsables du contrôle doivent toujours rester aux aguets. Mais surtout un bon équipement est d’une nécessité primordiale dans ce secteur. D’où l’importance d’un bon système d’information logistique.

A en croire le commissaire Niang, Directeur de l’Office centrale pour la répression du trafic de stupéfiants à Dakar, « le Sénégal présente de nombreux avantages, la desserte aérienne vers l'Europe et l'Amérique latine, via le Cap-Vert, est bonne. Et sur place, l'accès à Internet pour d'éventuelles transactions financières électroniques est excellent ».

En ces termes, M. Niang met en exergue l’importance de faire recours à la logistique pour contenir les transactions frauduleuses au niveau des frontières comme dans le territoire intérieur. De l'enregistrement des bagages à leur retrait, tout est contrôlé grâce au numérique. Cependant, la corruption étend ces tentacules et change la donne.

Aujourd’hui, dans l’optique de faire de l’Afrique, un hub de l’économie numérique, de fortes politiques d’expansion sont engrangées par les Etats. Dans cette même logique, on retrouve les entraînements de bande, rouleaux et convoyeurs à tous les stades de la manutention des bagages dans les aéroports et ports. Des moyens et techniques numériques conjugués aux personnels d’organisation devraient suffire pour assurer la sécurité dans ces milieux de transit. Ce qui n’est pas le cas. Etant donné que la corruption y est présente et continue à étendre ses tentacules.

Dès lors, il n’est plus à chercher le motif enjoignant ces terrains d’échanges commerciaux. En effet, au Sénégal, les contraintes s’amplifient de plus en plus. En 2018, l’ONG Transparency a publié un rapport sur la corruption. Ledit rapport qui indique les pays africains les plus corrompus. Et à l’évidence, ceux de l’Afrique de l’Ouest mènent la danse dans ce bal, avec le Sénégal dont les services de sécurité ont été les plus indexés parmi tout le système administratif.

Une situation qui se reflète dans le quotidien Sénégalais, à l’échelle plus restreint. Le journaliste économiste Ababacar Sadikh Top, a si bien frôlé le sujet au cours d’un entretien en ces termes : « sur la route chaque jour, tu vois un chauffeur glisser entre les mains d’hommes de tenues des billets, tellement régulier que ça ne choque plus personne. Maintenant à une échelle plus élevée, là où les billets sont remplacés par des virements dans les comptes bancaires. Il n’y a pas de doute que la corruption y ai élu domicile ».

Il est donc clair que la corruption, de par sa recrudescence est devenue une plaie qui gangrène le secteur du transport et ses dérivés. Pour autant que la logistique soit une alternative sécuritaire, elle n’en demeure pas moins la plus efficace. Car, ces outils et moyens logistiques sont manœuvrés par un personnel humain ; lequel est sujet à la corruption.
Un problème se pose à ce stade de l’évolution du numérique : s’il existe une alternative sécuritaire susceptible de combattre le narcologistique dû à la corruption, ne serait-il pas la dématérialisation ?

 

Cheikh BA : Rédacteur en chef

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