Le fret ferroviaire va-t-il rebondir ?

Par ediallo - 31 mai, 2021 - 13:10

Débat Si le fret reste incontournable pour le transport de certains produits, et présente des avantages en termes environnementaux, la logistique organisée autour de la route laisse peu de place à un rebond massif.

« Des objectifs de développement illusoires »

Yves Crozet, économiste des transports, professeur émérite à Sciences-Po Lyon

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La Croix privilégie le débat serein et approfondi, entre chrétiens et avec ceux qui ne croient pas ou croient autrement.

« Les efforts du gouvernement en faveur du fret ferroviaire sont louables. Notamment la baisse des péages pour aider les transporteurs à surmonter les conséquences de la crise du Covid et des grèves de 2019-2020.

Le rail présente des avantages en termes environnementaux et limite la saturation des routes. Il reste incontournable pour les flux à longue distance de produits comme les céréales, les produits chimiques, les matières dangereuses, les granulats ou encore les voitures.

Mais croire, comme certains le pensent, que le fret ferroviaire puisse représenter 18 % du transport de marchandises en 2030 contre 9 % aujourd’hui est illusoire. Depuis vingt ans, son trafic a chuté de 40 %.

Pourquoi ? D’abord parce que la France s’est désindustrialisée. Dans une économie de services, les tonnages de marchandises transportées diminuent. En 2019, le trafic total de marchandises était en France inférieur à celui de 2007.

Ensuite parce que la logistique est organisée autour de la route. Des entrepôts, non embranchés au rail, se sont multipliés le long des autoroutes et près des métropoles. Les marchandises font des sauts de puce d’entrepôt en entrepôt.

Le train n’est pas adapté à cette logique comme le montre l’exemple allemand. En vingt ans, le trafic de fret ferroviaire y a augmenté de 40 % mais exclusivement au détriment de la voie d’eau.

La part modale du transport routier n’a pas changé. On peut en France améliorer les performances du fret en lui offrant de meilleurs sillons pour rendre les circulations plus fiables. Sa part modale peut frémir mais n’espérons pas une révolution. »

« Il a un très bel avenir devant lui »

Alexandre Gallo, porte-parole de l’Alliance Fret ferroviaire français du futur (4F)

« L’Alliance 4F a été créée en 2020 pour aider à développer le fret ferroviaire qui a un très bel avenir devant lui, si on lui en donne les moyens. Elle regroupe les principaux opérateurs de fret ferroviaire mais aussi des associations d’utilisateurs ou des syndicats professionnels.

Nous avons chiffré à 10,5 milliards d’euros les efforts financiers nécessaires sur une dizaine d’années pour doubler notre part de marché dans le transport de marchandises, de 9 à 18 %, d’ici à 2030.

Les 210 millions d’euros du plan de relance et les aides supplémentaires de 160 millions annoncées par l’État ne sont qu’un début, mais prometteur. On sent un net frémissement en faveur du fret, qui n’a pas eu pendant longtemps l’attention nécessaire de la puissance publique.

Les objectifs environnementaux remettent le fret ferroviaire au cœur du débat. Sans un basculement massif vers le rail, ils ne seront pas tenus.

Pour une même quantité de marchandises transportées, un train est 9 fois moins polluant que la route. La mondialisation de l’économie favorise les grands échanges européens de marchandises. C’est là où nous pouvons capter des flux.

Il faudra pour cela innover, notamment en favorisant la recherche sur des trains autonomes ou conduits à distance, en automatisant l’accrochage des wagons et des locomotives, en favorisant l’embranchement de sites industriels au réseau ferré…

Il faudra aussi investir sur ce réseau pour améliorer notre vitesse de circulation et moins bloquer les trains de fret, souvent nocturnes, par des chantiers de nuit. Rien que notre flotte de wagons actuelle nous permettrait d’absorber 30 % de trafic supplémentaire. La tâche est immense mais atteignable. Et nous sommes prêts. »

Michel Waintrop

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