La riposte au COVID-19 : les leviers de la Supply Chain

Une catastrophe est une situation qui interrompt la vie courante à un point que la vie des gens et/ou leurs moyens de subsistance sont en danger. Ces catastrophes peuvent être, soit d’origine naturelle, soit causées par l'homme. Un des critères importants pour les classer est la rapidité avec laquelle la situation s'est produite à l’instar d’une endémie.

En effet, la Covid-19 en est une, et bien plus, c’est une pandémie qui a révélé la fragilité de l’équilibre mondial. Quelle est la pertinence de la riposte apportée à la Covid-19 ? À la lumière de l’ampleur du Covid-19, et surtout de son caractère imprévisible à court terme, l’impact de la riposte est mitigé. Mon propos est de faire l’inventaire des leviers que propose la Supply Chain comme riposte à la Covid-19. Nous traiterons d’abord les ressources humaines notamment les logisticiens car la performance d’une chaîne d’approvisionnement est subordonnée à la qualité du capital humain qui l’anime.

Le deuxième levier est la législation, il est primordial de définir un cadre légal qui légifère et dans lequel toutes les actions prises trouvent leur fondement. Ensuite nous évoquerons l’infrastructure, nous la décrirons précisément et nous déterminerons une priorité d’investissement. Enfin nous présenterons les flux des personnes et des biens et nous conclurons avec l’impérieuse nécessité de dématérialiser la chaîne d’approvisionnement.

Le Capital humain

Le premier levier est l’Homme, expérimenté et bien formé, le logisticien pourra élaborer une opération d’urgence, soit une riposte avec un impact positif. L’expérience des logisticiens est la plus grande vertu, à ce titre, il faut consulter et écouter les « hommes de l’art ».

En effet, les logisticiens expérimentés sont légitimes, parce que leurs propositions sont basées sur des méthodes éprouvées. La formation initiale des étudiants pour acquérir les connaissances fondamentales solides d’une part, et la formation continue des seniors d’autre part, constituent un gage de transfert de connaissances. L’attitude recommandée du logisticien est d’être à l’écoute des impactés, et surtout des professionnels de la santé, afin de définir précisément la problématique, de lister les solutions, ainsi que leurs conséquences avant de choisir la meilleure alternative à appliquer.

A terme, le logisticien devra remettre en cause les solutions appliquées par le suivi, le contrôle et l’évaluation. Les logisticiens humanitaires sont les mieux indiqués, en quoi consiste leur travail ? Ils préparent les catastrophes par la collecte et la remontée de l’information en vue de leur analyse future. Les logisticiens humanitaires inspectent le terrain pour avoir une idée précise de la capacité logistique du pays, de la région (entrepôts, port, flottes, entreprises de prestation logistique…).

Les logisticiens écoutent le programme (département d’une organisation humanitaire au même titre que les finances, les RH), qui connait mieux les besoins des bénéficiaires (populations impactées, sinistrés). Forts de ces informations les logisticiens planifient les opérations, pré positionnent les produits de première nécessité et se mettent en situation régulièrement (entraînement, formation).

La réglementation

Existe-t-il une « bibliothèque » où sont consignées les bonnes pratiques, les procédures en d’autres termes, qu’est-ce qu’il faut faire quand l’évènement redouté survient ? La prospective est la base de la réglementation, et elle est produite en amont, bien avant que la catastrophe ne se produise. La rédaction d’un plan de continuité est, dans ce cas, un levier majeur, elle se fait en période d’accalmie. Qu’est-ce qu’un plan de continuité ? C’est l’ensemble des mesures mise en place pour garantir le déroulement des activités quand la catastrophe se produit.

Concrètement il s’agit de sécuriser les approvisionnements, de négocier la signature de contrats de fourniture de biens et services. Les logisticiens doivent constituer une association pour se mettre au service de leur pays. Quel sera leur rôle, ils proposeront des liens les porterons à l’assemblée en vue de leur vote, promulgation et mise en application. L’Association des logisticiens une fois créée sera force de proposition et partenaire privilégié de l’Etat, et peut-être que la mauvaise gestion de la distribution de vivre observée actuellement ne se produira plus.

Les Infrastructures

En priorité, il faut investir dans la construction de lieux de stockage et de centres de coordination des opérations. Les infrastructures doivent adresser deux problématiques : disposer d’une bonne capacité de stockage et d’une chaîne d’approvisionnement performante. Dans leur conception les investissements doivent viser à soulager la souffrance des sinistrés, les infrastructures doivent permettre aux populations vulnérables d’accéder aux produits et services qui leur sont destinés.

A travers les infrastructures les produits de première nécessité doivent conserver leur état initial jusqu’au moment de leur utilisation par les destinataires finaux. Il est impérieux de promouvoir le local content donc par voie de fait les achats locaux. A ce titre, à minima, la confection de masques, ainsi que la production de solutions hydro-alcooliques doit se faire au niveau local. Les infrastructures routières doivent mailler le territoire national pour faciliter le déplacement des logisticiens devant recueillir les besoins des impactés auprès du personnel de la santé, constituer des stocks, les monitorer et en garantir l’intégrité. Enfin, il est primordial de disposer d’un centre d’organisation des secours. Le CICES eut cette prétention, mais actuellement sa réserve foncière s’est considérablement rétrécie. Diamniadio pourrait légitimement jouer ce rôle.

Les Flux

Le problème du stockage, du transport et de la distribution de vivres, durant la crise de la Covid19, a dévoilé les carences des choix Supply Chain. Le déplacement des personnes et des biens doit être assuré surtout en cette période de pandémie. Les flux import-export, surtout ceux domestiques, doivent résoudre la problématique de l’accessibilité et la disponibilité des ressources. S’assurer que le personnel de santé puisse effectuer les prélèvements en tout lieu au Sénégal ; que les vivres et produits de première nécessité sont distribués aux populations vulnérables (personnes du 3ème âge ; femmes enceintes et enfants) ; que les masques, le gel hydro-alcoolique et les médicaments circulent entre la Pharmacie Nationale d’Approvisionnement (PNA), les centres de santé et les hôpitaux.

Les flux des personnes et des biens en cette période de pandémie constituent le risque le plus élevé de la Supply Chain. En effet c’est le maillon qui est en front office, il est le plus exposé, c’est un potentiel vecteur de la covid-19. Les règles de distanciations physiques doivent être scrupuleusement respectées, les personnes présentant un risque doivent être identifiées et mise à la disposition du personnel de santé pour déterminer précisément leur état de santé.

La Digitalisation de la chaîne d’approvisionnement

La digitalisation de la chaîne d’approvisionnement, c’est la dématérialisation, la transcription digitale de toutes les activités « logistique et transport ». En ce qui concerne cette étude, je recommande la mise en place d’une banque de données qui sera chargée de collecter, d’analyser et de restituer, sous forme d’étude les cours des denrées et produits de première nécessité. Il serait judicieux de faire l’inventaire de produits critiques, de vivres pour en constituer un stock de sécurité consultable en ligne. La mise en place d’une bourse de transport digitale optimiserait le mouvement des personnes et des biens.

Les commissionnaires de transport au Sénégal au plus fort de la crise Covid-19 avait placé 85% de leur effectif en télétravail. Le travail a été assuré grâce à des outils tels que Microsoft Teams ; Zoom ; Skype. Ce temps a été mis à profit pour aider les équipes Supply Chain à monter en compétence et la formation initiale et continue a été assurée grâce à des plateformes e-learning : blackboard, bleupoint ; Google classroom …

Le choix de ces 5 leviers de la Supply Chain se justifie par leur impact à court terme. En d’autres termes en hiérarchisant les 5 leviers listés tout au long de notre propos nous pouvons obtenir des quick win dans la riposte à la Covid-19. L’agencement de ces cinq leviers Supply Chain constitue une riposte à la Covid-19, dont la pertinence dépend de notre attitude. La période post Covid-19, selon notre attitude, sera un challenge ou une opportunité.

En effet, la clé de lecture pour juger de la réussite de la riposte est le temps. La leçon à retenir est que c’est dans l’accalmie qu’une riposte se planifie, elle doit être multidisciplinaire et synchronisée, autrement dit de la prospective. La Covid-19 sera pour nous les logisticiens un événement étalon, pour juger de notre niveau de préparation, d’anticipation et de mise en œuvre des plans d’action définis. La Covid-19 nous a révélé que peut –être une plateforme Supply Chain qui délivre à iso standard que la Chine avec l’avantage de la proximité et sans la barrière linguistique, la covid-19 plaide pour l’émergence de champions nationaux Sénégalais dans la Logistique et le transport.

J’invite toute la communauté logistique sénégalaise à s’unir, se rendre disponible et être force de proposition pour les Autorités sénégalaises.

Bernard Moise KANE Expert en Logistique Diplômé en Transports Internationaux (Paris-Sorbonne) Enseignant-Chercheur au Groupe ISM Email : b.kane@afrexsn.com