LA FONCTION LOGISTIQUE : levier de compétitivité pour les entreprises et facteur de promotion pour l’emploi des jeunes.

Unanimement reconnue par les experts, comme une source importante d’avantages concurrentiels dans la recherche de compétitivité pour les entreprises, la fonction logistique peine à s’octroyer un droit de cité, en tant que tel dans l’univers du top management sénégalais.

L’une des explications demeure l’ancrage de ces derniers à la vision fragmentée de la fonction au lieu de celle intégrative. Il est vrai qu’avant l’avènement de la fonction logistique sous sa forme intégrative, celle-ci a toujours existé dans les entreprises en tant que fonction éclatée, gérant séparément les activités de transport, de stockage, de manutention, d’approvisionnement, de distribution et de l’ordonnance des tâches et de la planification liée à la gestion de production.

C’est d’ailleurs, cette forme intégrative qu’elle a connu depuis le début des années 60 (Bernard J. La Londe, Management de Logistique et Supply Chain année 2016), qui lui vaut cette appellation de "Supply Chain Management" décomposée en trois grandes parties : la logistique d’approvisionnement, de production et de distribution. Dans sa définition la plus sommaire, la fonction logistique a pour objectif, la production et la distribution au moindre coût d'un produit en quantité et au lieu correspondant à la demande.

Sous ce rapport, elle est devenue un facteur clé de succès dans la recherche de compétitivité et d’avantage concurrentiel des entreprises. Avec plus de 887 000 personnes en France et 6,5 millions dans l’Union Européenne employées et 8% à 12% du chiffre d’affaires des entreprises françaises (120 milliards d’€) et 8% du PIB européen (soit 800 milliards €), la logistique est plus que jamais un facteur de croissance et de contribution à la résorption du chômage en Europe.

Aujourd’hui, la compétitivité d’un pays se mesure à l’aune de la capacité de ses propres entreprises à doper ses exportations ; ce qui suppose produire et à vendre durablement des biens et des services sur un marché mondialisé de plus en plus concurrentiel. Dans un tel contexte de compétition où les fournisseurs et les clients sont disséminés dans les quatre coins du globe induisant une exigence de meilleure coordination des flux physiques et d’information, quelle autre fonction que la logistique répond-elle, le mieux à cette contrainte ?

La compétitivité s’entend par la capacité d’une entreprise à mettre sur le marché des produits de qualité, à des prix compétitifs et dans les délais requis. Cependant, il est évident que pour satisfaire à cette exigence, l’entreprise se doit d’acheter ses matières premières à moindres coûts, dans les meilleurs délais et qualités, d’assurer leur transformation dans les meilleures conditions de fiabilité et ainsi que leur distribution dans l’efficacité et l’efficience.

Sous ce rapport, il est aussi paradoxal que l’entreprise sénégalaise continue d’être sourde aux effets bénéfiques de la fonction logistique en continuant de s’agripper à ce concept d’inadéquation entre la formation et l’emploi. Cet argumentaire, au regard des besoins du marché sénégalais n’est qu’une vue de l’esprit mais également un prétexte pour nos décideurs publics devant leur incapacité à apporter des réponses concrètes au chômage des jeunes et pour nos entreprises à leur « réfractivité » au changement.

La réalité est tout autre dans les banques de données des ressources des entreprises. Nous savons de quoi nous parlons. La preuve que c’est un prétexte pour nos dirigeants d’entreprise de cacher leur caractère réfractaire est leur réticence à assurer ce volet pratique de la formation de nos jeunes à ces métiers techniques, qui sont pourtant des produits qui leur sont destinés.

Ce paradoxe est d’autant plus marqué que l’Etat du Sénégal a, dans son Plan Emergent placé l’entreprise au cœur du dispositif et inscrit la question de l’emploi des jeunes dans les priorité de celui-ci : « l’entreprise sénégalaise, plus particulièrement industrielle, est identifiée par le Plan Sénégal Emergent (PSE) comme une source majeure de croissance inclusive, durable, de satisfaction des besoins essentiels de la population et de la demande locale en biens de consommation intermédiaire, de progression et de diversification des exportations, de transformation structurelle de l’économie ».

Ce paradoxe contraste également avec le dynamisme et l’innovation dont font preuve les universités et les instituts de formations privés qui, pour accompagner la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent ont réorienté leurs enseignements et adapté leur curricula aux besoins du marché au point de mettre tous les ans, des dizaines jeunes formés au métier de la logistique sur le marché de l’emploi.

En effet, les institutions de formation assurent chaque année, la mise à disposition de logisticiens diplômés, bien imprégnés des enseignements de Ronald COASE sur la théorie des coûts de transactions et de Michael PORTER sur l’avantage concurrentiel qui sont le soubassement de l’analyse de la chaîne de valeurs. Une chaîne qui se définit comme « l’étude précise des activités de l’entreprise afin de mettre en évidence ses activités clés, c’est-à-dire celles qui ont un impact réel en termes de coût ou de qualité et qui lui donneront un avantage concurrentiel ».

Aussi, il faut souligner, pour ce qui concerne les logisticiens qu’il s’agit d’un mauvais procès fait aux instituts de formations que de dire que les produits mis sur le marché ne répondent aux besoins de l’entreprise sénégalaise. Les diplômés en logistique répondent bien aux besoins de l’entreprise dont l’essence même de leur existence est la recherche de profit. Ce profit ne saurait être obtenu sans l’optimisation des coûts de transactions et la création de valeur pour la clientèle pour laquelle, le logisticien est doté des compétences nécessaires pour sa réalisation.

Le concept d’adéquation entre la formation et l’emploi ne saurait être confondu dans une vision aussi réductrice que celle qui ferait penser que les besoins de formation ne peuvent émaner que des seules entreprises. Les universités sénégalaises, depuis l’avènement de la mondialisation se sont ouvertes à l’instar des universités européennes, à la formation professionnalisante pour doter nos entreprises de produits leur permettant de mieux s’insérer dans ce monde globalisé et soutenir la concurrence. 

De nos jours, il est admis universellement pour un meilleur monde tourné vers la lutte contre la réduction de la pauvreté, que le lien entre l’entreprise et l’université doit être partout une réalité. La réflexion et la recherche ne sont-elles pas l’apanage des universités ? Pour que ce concept d’adéquation entre la formation et l’emploi puisse répondre à toute la philosophie qui la sous-tend, il appartient aux entreprises de s’ouvrir au monde universitaire. A contrario, que ferait-on de la création de passerelles entre la communauté scientifique universitaire et le secteur économique ? Que ferait-on des ambitions africaines de placer les sciences, la connaissance et les compétences pratiques et technologiques au cœur de notre système productif en vue de rattraper le gap qui nous sépare des nations développées ?

En France ce link est une réalité et pour preuve dans le domaine de la logistique qui nous concerne, entre l’Université Polytechnique Hauts de France et le monde du transport, il existe une proximité assez forte marqué par : « les instances officielles de l’établissement sont composées de nombreux représentants du monde industriel en particulier de l’automobile et du ferroviaire : Mercedes, Alstom, PSA, Toyota, Bombardier et Vallourec ». **  

Nous apprend-on également que consécutivement à cette proximité « des liens forts existent également pour l’élaboration des formations. L’établissement a par exemple créé la licence « management et conduite des unités de production automobiles et ferroviaires » en concertation avec Alstom, Bombardier, des sous-traitants logisticiens, transporteurs en mettant en rapport le référentiel des compétences des entreprises de la filière transports et l’offre de formations de l’Université et en se projetant vers l’avenir ». 

L’option prise par le Sénégal de faire de l’entreprise, le moteur de la croissance et par-delà, un moyen de création d’emplois ne connaîtra les succès attendus, que lorsque celle-ci, fera, entre autres, de la stratégie de maîtrise de ses flux et coûts et de l’innovation, un véritable de levier de gestion. L’effectivité d’une telle stratégie ne saurait être obtenue sans une ouverture vers les nouveaux métiers comme la logistique et le monde de la connaissance, les universités. 

Ce plaidoyer vaut également pour tous les nouveaux métiers (marketing, communication etc…) dont le rôle joué dans la performance des entreprises américaines n’est plus à démontrer et qui peinent à pénétrer le monde de l’entreprise sénégalaise. Vivement que ce réalisme américain inspire nos dirigeants d’entreprise ainsi que les Pouvoirs Publics.

Mamadou Faye : Consultant en Logistique

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