Covid-19 : la CEDEAO, réflexions tous azimuts pour venir à bout de la pandémie Covid-19

Par thierno - 22 mai, 2020 - 17:04

« On a peur du Covid- 19, c’est vrai, mais on doit avoir davantage peur de la faim. La faim est une menace encore plus grave que le Covid-19 »
Sékou Sangaré, Commissaire Agriculture, Environnement et Eau, CEDEAO

Un peu partout dans le monde, que ce soit à l’échelle internationale, régionale ou sous régionale, l’heure est à la réflexion pour trouver les voies et moyens de juguler les effets de la Covid-19 en attendant son éradication générale.

La CDEAO n’échappe pas à la règle. C’est ainsi que s’est tenue le vendredi 15 Mai 2020, en vidéoconférence une rencontre co-organisée par la Commission de l’Agriculture, de l’Environnement et des Ressources en Eau de la CEDEAO et le CILSS avec l’appui technique du bureau régional du PAM en Afrique de l'Ouest et le Centre d’Excellence Régional contre la Faim et la Malnutrition afin d’évaluer l’impact de la pandémie Covid-19 sur les échanges transfrontaliers.

Cette rencontre fait suite à celle tenue par les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO (Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest) réunis jeudi 23 avril 2020 sur le même sujet.

A l’instar de celle-ci, la rencontre du 15 Mai 2020 avait pour but de mener une réflexion sur l’évolution des échanges commerciaux dans l’espace CEDEAO, fortement impactés par la Covid-19 et de préconiser quelques mesures d’atténuation des effets négatifs sous peine de voir toute l’économie de la sous-région de s’effondrer.

Il ne serait pas superfétatoire, relativement au sujet, de faire état des prévisions des économistes qui, à l’occasion de ce sommet dans l’hypothèse où la pandémie prendrait fin en juin, prévoient une croissance de 2% pour l’année 2020 et une récession en vue de 2,1% si celle-ci se prolongeait au-delà de cette période.

Le diagnostic réalisé par les Experts des organismes précités corrobore exactement les prévisions de la conférence des Chefs d’Etat en ce qu’il donne les irréfutables qui conduite inexorablement vers les prédictions de récession de ces derniers.

En effet, les causes de cette récession projetée, identifiées par les Experts portent d’une part, sur des mesures qualitatives qui auraient dues être mises en œuvre par le Département, Commerce Union Douanière et Fiscalité et Libre Circulation des Personnes retardées par l’apparition de la Covid-19 et les mesures de restrictions pour empêcher sa propagation.  Entre autres mesures, il y a lieu de retenir :

  • la fermeture des frontières aériennes, terrestres et maritimes ;
  • le ralentissement voire le blocage pur et simple des axes routiers à l’intérieur des Etats membres de la CEDEAO, visant à isoler les grandes villes déjà infectées (généralement les capitales) du reste du Pays ;
  • allongement des délais dans l’exécution du travail au niveau des frontières à une réduction du nombre d’agents sous peine de les exposer à la pandémie.
  • la pénurie sur certains marchés et un renchérissement des prix

Au-delà de ces mesures prises au niveau des Etats visant à briser la chaine de transmission du virus, d’autres projets et programmes dont la mise en œuvre avait pour ambition de doper et d’augmenter le volume des transactions commerciales dans l’espace CEDEAO ont véritablement souffert de la survenue de cette pandémie. Ces projets et programmes ont pour nom :

  • l’effectivité de ZLECAF, retardée par la suspension des discussions relatives à l’Offre d’Accès au Marché de la CEDEAO ;
  • l’opérationnalisation de l'ERCA : les missions des partenaires qui devraient séjourner pour la formation sont reportées ;
  • le blocage de l’extension du  système automatisé du suivi du transit aux autres Pays du fait de la fermeture et des restrictions transfrontalières ;
  • le retard dans l’exécution des programmes « opérateurs économiques agréés » et «transition fiscale » visant à faciliter les transactions commerciales entre les différents Etats membres.
  • la paralysie des principaux instruments communautaires facilitant  la libre circulation des personnes et des marchandises en raison des contrôles sanitaires indispensables sur les chauffeurs et conducteurs de camions lourds de transport des marchandises.

Conscients qu’une crise économique risquerait d’être plus dévastatrice que la Covid-19, les Organismes et Experts ont préconisé les recommandations, ci-après pour relancer l’économie dans la sous-région, rudement éprouvée après seulement trois mois.

En effet, selon le Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA), plus de 19 millions de personnes seront touchées par la situation alimentaire difficile en Afrique de l’Ouest et au Tchad au cours de la période juin-août 2020.

Les estimations des experts, le nombre de personnes qui n’arrivent pas à se nourrir convenablement pourrait doubler si des mesures urgentes ne sont prises pour améliorer l’accès à la nourriture. Les recommandations édictées par la rencontre ouest africaine du 15 mai dernier sont les suivantes :

  • Il y a lieu de tirer avantage des opportunités offertes par la vente en ligne (e-commerce) et de développer l’agroécologie afin d’impliquer les petites et moyennes entreprises tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
  • Il est crucial de renforcer systématiquement la coordination et la concertation entre les différents États dans une optique d’harmonisation et de cohérence des politiques et des mesures mises en œuvre dans le cadre des dispositions communautaires en vigueur dans la sous-région.
  • Les Gouvernements sont appelés à promouvoir davantage la libre circulation en allégeant les mesures restrictives (barrières tarifaires et non tarifaires) qui entravent la circulation des biens, des personnes, des capitaux et des services y compris l’assouplissement des mesures de transhumance tout en renforçant l’application des mesures et les dispositifs sanitaires ;
  • Les Gouvernements sont encouragés à soutenir les politiques et les investissements en faveur de la production et la transformation locale en ligne avec les politiques et les stratégies adoptées au niveau continental, régional et sous-régional et à tirer profit de l’innovation et des technologies pour moderniser le secteur agricole, les chaînes d’approvisionnement et diversifier l’économie en général ;
  • Il est important de travailler avec les États et l’ensemble des partenaires techniques et financiers afin de prioriser les produits alimentaires et des intrants agricoles dans le traitement des marchandises aux ports et assurer l’accès des producteurs agricoles aux intrants agricoles à temps en prévision de la prochaine campagne agricole ;
  • Il est nécessaire de renforcer le plaidoyer, le dialogue politique et la mobilisation de ressources adéquates en faveur de la sécurité alimentaire et de la nutrition en lien avec les interventions de moyen et long terme notamment en matière de protection sociale, filets sociaux, réserves stratégiques, etc ;
  • Il est impératif de continuer à travailler en étroite collaboration avec les gouvernements et les partenaires pour mettre en place des corridors humanitaires, comprendre l’impact socio-économique de la Covid-19 sur les ménages vulnérables et promouvoir des chaînes d’approvisionnement optimales et inclusives pour faciliter l’accès des producteurs agricoles aux marchés tout en assurant la libre circulation des biens, des personnes et du personnel humanitaire ;
  • Il est urgent de forger/renforcer des partenariats à plusieurs niveaux pour orienter et accompagner les décideurs dans la mise en œuvre d’interventions fondées sur des données factuelles.

En tout état de cause, cette initiative ne peut qu’être saluée si on se rend la relative chaîne de solidarité qui existait a explosé. Comme en témoigne ce qui se passe en Europe où chaque Etat développe à son échelle des réflexes de survie faisait fi des appels incessants à la solidarité internationale.

Le caractère transnational du virus difficile à contenir dans les frontières étatiques recommande la mise en place d’une stratégie concertée pour sauver les économies de la CEDEAO et de les préserver l’espace d’une famine qui serait plus ravageuse que la maladie de la Covid-19.

Mamadou FAYE : Consultant en Supply Chain

Une participation massive à l'enquête réalisée par la CEDEAO est démandée pour évaluer au mieux l'impact du Covid-19 sur la vie de nos ménages et familles. Pour passer au sondage cliquer sur ce lien.
 

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