Augmentation du prix de l’électricité : pourquoi, il faut privatiser la gestion de la SENELEC avant sa privatisation définitive

Sollicitée et obtenue auprès de l’autorité compétente, la Commission de Régulation du Secteur de l’Electricité (CRSE), la SENELEC va procéder à partir du 1er Décembre 2019, à l’augmentation du prix de l’électricité de l’ordre de 6 à 10%.

En effet, cette mesure d’augmentation du prix de l’électricité qui fait suite à la décision 2019-48 de l’autorité compétente précitée, serait semble-t-il motivée par la nécessité de combler un manque à gagner de 12 milliards et par l’impossibilité de l’Etat à maintenir sa subvention sur le prix de l’électricité selon le Directeur Général  de la SENELEC.

La réduction de la subvention de l’Etat selon toujours ce dernier devrait servir à financer entre autres les investissements relatifs à l’extension de l’électrification rurale.

Cette mesure qui à coup sûr va grever le pouvoir d’achat des sénégalais déjà pressurés par un coût élevé de la vie, marqué par une série d’augmentation des prix depuis le début de l’année (ciment, fer, carburant, pain, etc.) serait-elle la seule alternativement ? La réponse est évidemment non si l’on sait qu’entre autres alternatives, on peut retenir la privatisation à terme et un réajustement à l’interne dans l’immédiat par la mise en place d’une stratégie de réduction des coûts.

Cette dernière hypothèse qui, à travers le ciblage de niches d’économies présente le double avantage  de rétablir l’équilibre financier de la SENELEC tout en lui assurer une rentabilité pérenne et la préservation du pouvoir des sénégalais en les dispensant d’une augmentation des prix de l’électricité.

D’ailleurs, sous ce rapport, c’est faux de faire croire aux populations que privatisation est synonyme d’augmentation des tarifs. Contrairement aux établissements publics, l’entreprise privée est tournée vers la quête permanente de performance, gage d’une bonne compétitivité.

La compétitivité s’entend par la capacité d’une entreprise à produire à moindre coût des produits ou des services destinées à la consommations des populations durablement et à des prix compétitifs (prix abordables pour les clients).  La compétitivité d’une entreprise ne saurait s’obtenir sans cette stratégie qui fait de la "création de valeur client" le soubassement de la recherche de profit.

Le défi de toute entreprise privée est d'offrir à ses clients des produits de très bonne qualité sans lui en faire supporter un coût excessif. 

Sous ce rapport, la performance managériale d’un dirigeant se mesure par sa capacité à gérer cette problématique induite par ce conflit entre le prix et la qualité des produits à mettre sur le marché.
La privatisation de la SENELEC, si elle est bien menée devrait profiter aux populations par une baisse du prix de l’électricité. Cependant, celle-ci nécessitant une étude minutieuse avant sa mise en œuvre, une solution intermédiaire consistant à privatiser sa gestion pourrait être envisagée.

Ce qui octroierait aux cadres de la SENELEC la plénitude de leur pouvoir de mettre en œuvre une politique de réajustement interne qui passe par la mise en place d’une stratégie de réduction de leurs coûts d’exploitation en lieu et place d’une solution de facilité tendant à répercuter tous les surcoûts sur les consommateurs.

La stratégie de réduction des coûts comme une alternative crédible

Face à des difficultés financières, une entreprise a trois alternatives qui s’offrent à elle : l’augmentation des prix, l’augmentation de la production ou la réduction de ses coûts.  Aujourd’hui, les deux premières hypothèses semblent exclues pour la SENELEC pour la simple raison que :

  • pour la première, les populations n’en peuvent plus bien qu’elle soit l’option prise par les autorités de la SENELEC voire étatiques ;
  • pour la deuxième, deux obstacles de présentent : i) les difficultés de trésorerie qui sont à l’origine de la mesure ne permettent pas une augmentation de la production pour l’instant car d’une part, la SENELEC serait dans l’impossibilité de faire face à des dépenses d’investissement pour augmenter sa capacité de production et d’acheter la quantité de pétrole nécessaire à cette augmentation ii) faudrait-il que l’élargissement de l’assiette clientèle puisse réaliser, ce qui dépend de facteurs exogènes donc ne dépendant pas de la SENELEC.

Donc, la voie de salut de la SENELEC et de soulagement des populations réside dans la mise en place d’une stratégie de réduction de ses coûts en attendant sa privatisation plutôt que de s’inscrire dans une logique de primauté d’augmentation des recettes budgétaires.

Pour cela, il faut cette volonté politique qui l’affranchirait de l’immixtion de l’Etat dans sa gestion. Ceci qui devrait se traduire d’une part, par une réduction de la sphère d’intervention de l’Etat qui la préserverait de toute forme de recrutement clientéliste et d’autre part, par une autonomie de gestion qui lui octroierait la plénitude totale de ses choix stratégiques et  des arbitrages en matière budgétaire.

La mise en place d’une stratégie de réduction en lieu et place des deux autres alternatives devrait s’accompagner d’un maintien de la politique de subvention à très court terme afin de permettre à la SENELEC de faire face dans l’immédiat à son déficit de trésorerie et le temps de sa mise en œuvre.

Tel que indiqué plus haut l’option d’un réajustement en interne s’entend par l’identification dans un premier temps des niches d’économie notamment les postes de dépenses (charges) les plus élevés qu’elles soient fixes ou variables et dans un second par la réduction de ces dernières.

Il se susurre du côté de la SENELEC que le personnel est pléthorique et ne répond pas une logique d’un organigramme cohérent répondant au besoin de sa production  mais plutôt  à celle de la satisfaction d’une clientèle politique. Les charges salariés considérées comme fixes représentent restant constantes malgré le niveau d’activité de l’entreprise, constituent la première dans le cadre d’une politique de réduction des coûts. Leur réduction devrait contribuer à restaurer les finances de la SENELEC.

Par contre les charges variables restant liées au niveau de l’activité varient en fonction  des objectifs de production et du chiffre d’affaires projeté, leur réduction de saurait s’obtenir que par la maitrise des coûts logistiques lés à :

  • la logistique d’approvisionnement (amont) : coûts d’acquisition de matières premières et de stockage avec toutes techniques allant d’une politique d’achat appropriée (choix des fournisseurs, capacité de négociation, quantité économique, etc.) ;
  • la logistique de production (interne) : respect des consommations spécifique, maintien des installations à un niveau de fiabilité par une bonne politique de maintenance afin d’éviter les pertes de rendement et de production mais également de consommation d’énergie excessive ;
  • la logistique des distribution : réhabilitation et renouvellement éventuel des installations par un politique d’investissement assuré par la dotation d’un fonds de renouvellement des immobilisation tel que préconisé pour toutes les entreprises industrielles de la dimension de la SENELEC.

L’optimisation de ces différents coûts devrait se traduire par l’obtention d’un coût de revient compétitif qui permet un prix de vente de l’électricité raisonnable, supportable par les populations. 
Sans être certainement la panacée, cette option nous semble aujourd’hui, la plus appropriée au regard des conséquences qui pourraient découler de celle prise par la SENELEC d’augmenter le prix de l’électricité.

                                                                                                     
 

Mamadou FAYE : Expert en Supply Chain

Derniers magazines

FEVRIER 2019
CoverAlm15
NOVEMBRE 2018
alm14
SEPTEMBRE 2018

pubs

PUB

Suivez-nous sur twitter