Afrique : la Logistique pourrait-elle permettre le développement du continent africain ?

Le développement du commerce international et de la mondialisation des 60 dernières années ont  permis de mettre en exergue l’importance du secteur de la logistique dans le progrès économique d’un pays ou d’un continent. En effet, la logistique regroupe toutes les activités de transport, manutention, stockage, production et  distribution.

Elle consiste à livrer le bon produit au bon moment, au bon endroit, en bon prix et en bon état. En ce sens, elle constitue le poumon économique d’un pays car elle facilite la libre circulation des flux physiques, financiers et d’informations entre les zones de productions et celles de commercialisation. Elle permet également l’équilibre économique et social d’un pays en transportant les produits d’un endroit en surproduction vers un autre endroit à faible demande.

D’ailleurs, l’histoire récente des nations ou fédérations qui ont accédé au développement, a révélé le rôle incontournable de la logistique dans le processus de croissance économique et sociale d’un pays. Ainsi, les historiens du chemin de fer tels que Christian Wolmar l’illustre bien dans son ouvrage, intitulé, La grande révolution du rail, où il affirme avec certitude que : « C’est le chemin de fer qui a fait l’Amérique. Sans le chemin de fer, les États-Unis ne seraient pas devenus les États-Unis. » Car selon lui, le chemin de fer a transformé ce qui était une contrée agricole en une puissante nation industrielle.

Comme un outil logistique, le train a converti en un pays unifié un ensemble de territoires sauvages, disparates et disjoints. L’exemple des Etats-Unis reste pertinent eu égard à la position de cet Etat dans le concert des pays super-développés. Aujourd’hui, la logistique occupe 10% du PIB d’un pays selon l’Association des Logisticiens Français (ASLOG).

  • Enjeux du continent africain

Longtemps méconnue des Etats africains, la logistique éprouve d’énormes difficultés pour se développer dans le continent. En fait, les problèmes logistiques sont énormes et liés à un manque criard d’infrastructures de qualité dans les transports maritimes, aériens et terrestres ; ce qui rend difficile l’accès du produit au dernier kilomètre.

De plus, le pourcentage des ressources humaines formées dans les métiers de la logistique reste très faible à cause de l’ignorance de ce secteur. A cela s’ajoute le déficit de structuration du secteur avec des institutions ou organisations qui le gouvernent. Dans le continent africain, il est facile de faire du transport de personnes ou de marchandises sans pour autant avoir une autorisation ou les moyens techniques de le faire.

Cependant, les données commencent à changer depuis quelque temps. La logistique ne cesse de prendre de l’ampleur en Afrique qui compte plus d’un milliards de consommateurs, occupe 4% du commerce mondial (Rapport 2018 des Nations Unies sur le développement économique dans le monde) et regorge plus de la moitié des ressources naturelles planétaires.

Ainsi, dans beaucoup de pays d’Afrique, on fait de plus en plus appel à la logistique pour  l’élaboration et la mise en œuvre des stratégies de développement économique et sociale. Pourtant, certains Etats restent plus avancés que d’autres à l’exemple des pays maghrébins par rapport à ceux de l’Afrique subsaharienne.  Toutefois  le dynamisme du changement reste global.

Partout sur le continent, les projets logistiques sortent des terres et poussent comme des champignons, témoignant de l’engagement de ses Etats à faire de la logistique un outil incontournable de croissance.

Au Sénégal, la saturation du Port Autonome de Dakar a poussé les autorités du pays à lancer respectivement des projets tels que le futur Port de Ndayane, situé à 50 km de la capitale sénégalaise et dédié exclusivement aux conteneurs. Financé à hauteur de 500 milliards FCFA par Dubaï Port World (DP World) et le Port minéralier de Bargny, le futur port est destiné à prendre en charge l’important trafic de produits miniers et pétroliers.

Ce dernier est localisé à Sendou à 32 km du port de Dakar sur la baie de Gorée et à côté de Bargny pour un coût total de 736 millions USD  en deux phases. Les autres pays de la sous-région Afrique de l’Ouest ne sont pas restés en rade, que ce soit Abidjan, Cotonou, Lomé, Pointe-Noire, Libreville, Tema, Lekki (Nigeria), ils ont entamé leur rénovation.

Du coté des pays maghrébins, le Maroc avec son port, Tanger Med dont  son trafic atteint 9 millions d’EVP  avec l’extension du terminal 3, est devenu un hub de référence dans les flux logistiques sur le continent africain.

  • Quelles stratégies logistiques pour développer le commerce intra-africain ?

Un constat simple permet de savoir que tous les investissements réalisés dans les différents ports africains sont dus à une augmentation de la demande et donc du trafic de marchandises.

Cependant, cette augmentation du trafic montre au premier plan les importations depuis les ports des pays développés vers les ports africains au détriment de ceux qui sont à l’intérieur du continent africain. En d’autres termes, le commerce intra-africain n’arrive pas à prendre son envol malgré l’existence de nouveaux outils plus modernes et malgré l’augmentation des capacités logistiques de ses ports.

Les populations africaines consomment beaucoup plus des produits importés que ceux qui sont fabriqués localement. Ce qui est un manque à gagner énorme pour le continent car le développement économique passera inéluctablement par le renforcement des échanges entre les régions économiques africaines. D’ailleurs, selon les auteurs du rapport sur le commerce en Afrique d’Afreximbank : « le commerce intra-africain constitue un élément susceptible de protéger le continent contre les chocs économiques extérieurs ».

La mondialisation a montré que désormais personne ne peut aller seule. Il faut se regrouper dans des espaces économiques afin d’harmoniser certaines politiques de développement qui se baseront sur une circulation fluide des personnes, des biens et des marchandises sans barrières douanières et appuyée par des infrastructures de transport de dernières générations pour desservir l’hinterland.

C’est dans ce sillage que le projet de mise en place d’un corridor maritime entre Dakar-Lagos par la Commission économique de la CEDEAO , vient à point nommé. Cette liaison maritime permettra de développer un commerce volumineux grâce à la capacité du transport maritime dans tous les pays où les navires passeront. Ce corridor sera appuyé par un autre routier entre Abidjan et Lagos. Ce qui permettra de diversifier le choix des modes de transport pour l’acheminement des marchandises.

Rôle intégrateur des infrastructures de transport

En Afrique, les corridors ou hubs naturels ne manquent pas et la demande existe bel et bien pour le transport de personnes et de marchandises. Mais les infrastructures de transport manquent encore et le choix entre les différents modes de transport n’est pas une réalité car l’offre n’est pas diversifiée. Ce problème est aussi renforcé par la difficulté de circuler librement pour les personnes, des biens ou marchandises alors que les Etats de l’espace UEMOA  et CEDEAO l’ont déjà ratifié. Cela a du mal à s’exercer à cause du laxisme et de la négligence des autorités chargées de la mise en œuvre.

Ce faisant, le développement du continent africain passera irrévocablement par l’augmentation du stock d’infrastructures de qualité qui permettra de relier les espaces économiques intérieures et extérieurs d’un pays ou d’une région. Ainsi, le transport ferroviaire devra jouer le rôle d’intégrateur car étant le moyen le plus rapide pour créer des richesses et la croissance dans une zone économique.

L’Afrique devra compter avec la logistique pour son développement car elle sera sa colonne vertébrale pour fonder son activité économique et sociale. Celle-ci se composera d’infrastructures de transport de qualité gérées par des ressources humaines compétentes qui ont fait leurs preuves dans ce secteur.

Toutefois, les infrastructures de transport devront être adaptées aux besoins économiques et réalités des Etats africains afin de privilégier les projets logistiques de petites tailles, c'est-à-dire à hauteur d’homme et facilement finançables. Ce qui leur permettra de moins se concentrer sur des grands projets d’infrastructures qui coûtent chers et avec moins d’impacts dans l’amélioration du niveau de vie des populations.

Thierno Abdoulaye DIALLO

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