14% des emplois risquent de disparaître à cause de l’intelligence artificielle

Par Ndeye Boury Dia - 7 octobre, 2019 - 08:48

L’ère de l’intelligence artificielle va avoir des conséquences sur la courbe du chômage. Une étude de l’OCDE précise que 14 % des emplois en France sont directement menacés.

L’intelligence artificielle est déjà en partie à l’œuvre avec ses capacités phénoménales, suscitant des espoirs mais surtout des inquiétudes pour l’emploi, qu’il s’agisse des tâches répétitives des caissières ou de celles plus complexes des avocats ou des médecins.

Selon une étude de l’université d’Oxford qui avait fait sensation en 2013, 47 % des emplois américains pourraient être remplacés par des robots intelligents d’ici une vingtaine d’années. Plus mesurée, l’OCDE estime que 14 % des travailleurs « courent un risque élevé » que leurs tâches actuelles soient automatisées au cours des 15 prochaines années.

En France, selon une estimation citée en 2018 par un rapport du député LREM Cédric Villani, 10 % des emplois seraient menacés de disparition et 50 % seraient automatisés à plus de 50 %.

L’intelligence artificielle c’est quoi ?

La machine a jusqu’à présent surtout remplacé l’homme pour des tâches physiques et prédictives. Mais avec l’intelligence artificielle, ce sont les capacités cognitives de l’homme qui sont en concurrence avec la machine.

« Le défi de l’intelligence artificielle, c’est de faire en sorte que le robot puisse prendre une décision dans un environnement donné » expliquait Rachid Alami, directeur de recherche en robotique (LAAS-CNRS), lors d’un colloque en septembre.

Aucune magie derrière tout cela, mais le traitement de masse de données avec une gigantesque puissance de calcul, relève le chercheur. « Vous donnez à la machine 100 000 images de chats dans toutes les configurations possibles, et la machine saura trouver un chat », résume-t-il.

Le « deep learning » (apprentissage profond) façonne les robots du futur, capables d’effectuer des tâches complexes, mais aussi de formuler un diagnostic médical, donner le feu vert à un prêt immobilier, conduire une voiture autonome, etc. Dès lors, presque tous les champs du travail sont concernés : logistique et transport, mais aussi services, ressources humaines, aide à la personne…

«  L’intelligence artificielle ne touchera pas seulement les caissières  », remarque Béatrice Clicq, secrétaire confédérale sur les questions d’égalité et de développement durable chez Force ouvrière. Elle cite l’exemple du secteur des ressources humaines, qui emploie déjà l’IA pour l’analyse des CV au risque, selon elle, « de recruter des clones  ».

La compagnie américaine Hirevue revendique un million d’entretiens d’embauche passés au crible de sa technique d’analyse faciale par intelligence artificielle. Les candidats interrogés par vidéo voient leurs intonations, vocabulaire et expressions du visage comparés par algorithme à une base de données compilées auprès de précédents candidats ayant réussi dans le poste.

Une méthode qui conduit à recruter des profils similaires au modèle, au risque d’évincer des postulants moins conventionnels mais talentueux, renforçant les discriminations déjà à l’œuvre sur le marché de l’emploi, selon ses détracteurs.

Les algorithmes imposent le tempo

Flore Barcellini, chercheuse au Conservatoire national des arts et métiers, pointe la « vision technocentrée » véhiculée par l’intelligence artificielle : c’est le technicien qui domine, et le travailleur doit se plier à la machine. « Il y a une injonction de modernisation à tout prix, sans prendre en compte la participation des travailleurs eux-mêmes  », note-t-elle.

Le risque est que l’homme soit contraint de « suivre la machine ». Déjà, les algorithmes imposent leur tempo au travailleur des entrepôts d’Amazon, ou au livreur de Deliveroo.

Mais de nombreuses interrogations subsistent : quelle autonomie aura le salarié si la machine dicte un choix qu’il conteste ? Le médecin face au diagnostic de l’intelligence artificielle ? L’employé de banque prêt à accorder un prêt qu’a refusé la machine ? Quelle part de « travail intelligent » restera-t-il à l’homme ?

D’autant que la révolution de l’IA est largement en route et que nous y contribuons souvent à notre insu. Chacun de nous, par exemple, en se connectant à Facebook ou YouTube, fournit bénévolement des données qui viennent nourrir les algorithmes.

 

 

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